Campagne "Inga We Can" : l'autonomie énergétique de l'Afrique grâce aux renouvelables

Un potentiel
inexploité
En Afrique, aujourd'hui, plus de 500 millions d'africains n'ont pas accès à l'électricité. Le Conseil Mondial de l'Energie prévoit « un triplement de la demande en électricité en Afrique
entre aujourd'hui et 2035 ». "Inga we can !" est une campagne en faveur de l'autonomie énergétique de l'Union
africaine grâce aux énergies renouvelables bon marché.
L'Afrique jouit de ressources en énergies renouvelables diversifiées et très abondantes : éolien, hydraulique, solaire, géothermie, énergies de la mer,
biomasse. Ces ressources ne sont pas toutes exploitables au même coût. Voici le coût standard de
production du kilowattheure (kWh) :
- Hydroélectricité : moins de 2 €c ( = 13 francs CFA) [ Moins de 1 €c dans le cas du Grand Inga ]
- Eolien : 6 à 7 €c (en fonction du gisement
éolien) (= entre 39 et 46 francs CFA)
- Solaire à concentration thermodynamique : entre 16 €c (avec l'insolation
directe du Sahara, 2800 kWh/m2/an) et 23 €c (avec la DNI du sud de l'Espagne, 2000 kWh/m2/an) (=
entre 104 et 150 francs CFA)
- Solaire photovoltaïque : environ 30 €c (=197 francs CFA)
L'hydroélectricité est l'énergie la meilleure marché. Et de très loin. Le coût de production standard du kWh hydroélectrique est 2 fois meilleur marché que le kWh-charbon,
et 3 fois moins que le kWh nucléaire et que le kWh gaz fossile.
Aujourd'hui, le coût de production de l'électricité sur le continent africain est d'environ 13 €c, soit près du double comparativement à d’autres
marchés émergents. Ceci est lié notamment aux mauvais rendement des centrales thermiques, d'ancienne génération, et très polluantes. Le charbon fournit 65% de la production électrique
d'Afrique subsaharienne et 90% en Afrique du Sud...
D'un point de vue technique, l'éolien et le solaire sont des sources intermittentes. Si le solaire peut être très intéressant pour alimenter des villages isolés, le coût du kWh solaire est
aujourd'hui encore élevé même si les coûts devraient diminuer dans les décennies à venir. Ce coût est fortement limitant pour un développement à grande échelle.
Comme le souligne Hermann Scheer, la combinaison de l'éolien et de l'hydroélectricité est parfaite d'un point de vue technique (Et comme l'a montré Gregor Czisch, c'est la combinaison la
meilleure marché (voir ici : Gregor Czisch présente un plan énergétique pour l'Europe qui a vraiment du sens sur le plan
économique). En effet, une station électrique peut ajuster rapidement sa production à la demande électrique. Quand la production éolienne
est importante (quand il y a beaucoup de vent), il est facile de baisser la production de la station hydroélectrique, et inversement quand la production éolienne est faible. Il est également
possible d'utiliser le stockage gravitaire (pompage/turbinage à eau douce ou eau de mer) pour gèrer
l'intermittence de la ressource éolienne.
Le fleuve Congo, un monstre d'énergie propre qui rugit au coeur de l'Afrique
Le fleuve Congo est le second plus long
fleuve d’Afrique (4700 km) après le Nil, et le premier pour son débit. Grand Inga est un projet concernant une partie très en aval du fleuve, dans la région de Matadi. Il vise
à constuire une grande station hydroélectrique de 40000 MW de capacité dans cette région. Le projet prévoit l'installation
du barrage non sur le fleuve, mais en parallèle du fleuve, sur un bras dérivé. Son impact sur le régime du fleuve Congo sera nul. A pleine puissance, cette centrale permet de produire à pleine capacité : 40 GW x 8760 heures = 350 400 GWh par an. Pour avoir un ordre d'idée, la consommation électrique totale
annuelle en République Démocratique du Congo (2003) est actullement de 0,5 TWh. Cette centrale hydroélectrique Grand
Inga permettrait d'alimenter entre 300 et
400 millions de personnes sur les 900 millions que compte l'Afrique.
L'Ethiopie possède également un potentiel hydroélectrique très important : "Le potentiel hydroélectrique éthiopien est immense,
grâce aux rivières qui dévalent des hauts-plateaux et qui représentent 85% de l’eau qui coule dans le Nil égyptien. Le ministère des Ressources hydrauliques estime qu’il s’élève à plus de
38 000 MW de puissance installée, l’équivalent de vingt-trois réacteurs nucléaires EPR. Cela représenterait 160 000 GWh par an. Ce potentiel commence à être
réalisé, avec notamment trois grands projets proches de leur aboutissement." (Source)
Ainsi, l'Union africaine pourrait devenir autonome
énergétiquement en installant :
1 - des parcs éoliens sur la côte atlantique marocaine, dans la corne éthiopienne et à Madagascar(40% de la production
électrique de ce plan),
2 - un grand barrage au niveau de ce bras dérivé du fleuve Congo (40% ) et des barrages en Ethiopie, en Angola etc.
3 - des stations de pompage/turbinage à eau de mer prêtes à fonctionner en cas de période de sécheresse prolongée.
4 - le tout interconnecté par câbles HVDC aériens (coût réduit). Avec les câbles HVDC, la transmission électrique se fait avec moins de 3% de perte pour 1000km de
transfert. L'interconnexion du réseau africain avec celui de
l'Europe pourraît être ensuite éventuellement envisagé, pour renforcer symbiotiquement (c'est à dire dans les deux sens) les deux réseaux. Si nécessaire.
5 - les 20% restant correspondent à une production électrique décentralisée, locale, notamment dans les régions rurales situées à grande distance du réseau électrique :
photovoltaïque, micro-CSP, micro-éolien etc. En effet, pour les villages isolés, le recours à des panneaux
solaires ou à des micro-éoliennes peut être mieux adapté qu'une connexion au réseau. A étudier au cas par cas.
Le coût du kWh global serait de :
[ 2 centimes (hydro) + 6 centimes (éolien)] / 2 = 4 centimes d'euros.
Auquel il faut ajouter 1 centime pour le réseau HVDC pan-africain.
Soit un kWh total de 5 centimes par kWh.
Ce plan conduit à un coût du kWh QUATRE fois plus faible que celui
consistant à miser principalement sur la mise en place de grandes centrales thermosolaires dans le Sahara (centrales thermosolaire séduisantes à première vue, mais qui consomment beaucoup
d'eau douce, ce qui est problématique en zone aride ou désertique, et qui nécessitent d'énormes volumes de produits issus de la chimie lourde pour le stockage thermique : sels de
nitrates etc. - Les progrès technologiques dans les decennies à venir permettront sans doute de résorber ces problèmes mais dans l'immédiat, ils sont fortement pénalisants. Il faut encourager la
recherche).

Inga (yes) we can !
Les projets hydroélectriques dans la région Inga suscitent l'intérêt de la Banque mondiale, de la Banque Africaine de
Développement, de la Banque Européenne d'Investissement, de l’Union européenne, des entreprises SNC Lavalin, BNP Paribas, Fortis, BCDC, le Westcor, la FEC, l’ANAPI, K’Water, Eskom,
etc. Grand Inga est sur la listé comme projet prioritaire de la Communauté de Développement d’Afrique Australe (SADC), le Nouveau Partenariat pour
le Développement de l’Afrique (NEPAD) et le Conseil Mondial de l’Energie (CME).
Reuel Khoza, Président de la compagnie d’électricité sud africaine Eskom, la plus grosse compagnie africaine d’énergie :
"L’Afrique a un besoin urgent d’énergie pour sortir son peuple de la pauvreté et fournir un développement durable. La rivière Congo offre d’énormes opportunités en ce
sens"
Latsoucabé
Fall,
Conseil mondial de l'énergie :
« Grand Inga représente une opportunité unique de promouvoir l'indépendance économique, la paix et la prospérité en
Afrique»
Vivent les Etats-Unis d'Afrique :)
Ce plan est à mettre en place afin que tous les africains accèdent à l'électricité, et non seulement quelques uns (pas de corruption...). Ceci doit être la
condition pour le financement international de ce plan (50 milliards de dollars pour le barrage Grand Inga, environ 150 milliards de dollars pour les parcs éoliens, environ 50 milliards de
dollars pour le réseau HVDC, et environ 50 milliards de dollars pour les unités de production décentralisées : photovoltaïque, micro-CSO, micro-éolien etc.). Il est absolument nécessaire
que la mise en place de Grand Inga s'accompagne de l'amélioration du réseau électrique à l'échelle de toute l'Afrique afin que l'électricité bon marché issue de la centrale hydrolélectrique
bénéficie aux populations africaines et ne bénéficie pas uniquement aux grandes entreprises étrangères avides de main d'oeuvre et d'électricité bon marché.
300 milliards de dollars ? Le marché du pétrole est de 3000 milliards de dollars par an à l'échelle mondiale. Et la guerre en Irak a couté plus de 1000 milliards de dollars. Qu'on ne
vienne pas nous dire qu'on ne peut pas trouver 300 milliards de dollars pour énergiser l'Afrique !
Jean-Louis Borloo propose un programme visant à l'autonomie énergétique de l'Afrique : "Faisons enfin le geste le plus évident, organisons l'autonomie en énergie renouvelable de l'Afrique. Moins d'un quart des Africains ont accès à l'énergie, cela a des
conséquences catastrophiques en matière de déforestation (...)" a souligné Jean-Louis Borloo, ajoutant qu'une décision concrète
pourrait intervenir au cours du sommet mondial sur le climat de Copenhague en décembre. Selon le ministre français, un tel plan devrait coûter entre 300 et 400 milliards de dollars sur 20 ans
(...)" - AFP (Plus d'infos ici). Et Gordon Brown appelle à la création d'un
fonds international de 100 milliards de dollars par an pour aider les pays en développement à affronter les conséquences du changement climatique (AFP).
Ensemble, nous pouvons agir pour le changement. Margaret Mead : "Never doubt that a small group of thoughtful, committed citizens can change the world. Indeed, it is the only thing
that ever has."
Olivier Daniélo
Guadalajara, 8 juillet 2008
NB - La mise en place d'un barrage d'hydroélectrique modifie l'écosystème local :
- C'est négatif pour certaines espèces et positif pour d'autres. Les barrages modernes sont équipés de sytèmes permettant la migration d'espèces aquatiques (échelles à poissons).
- Le régime des eaux est modifié en amont et en aval du barrage, ce qui modifie la rhéologie, la sédimentologie, la composition des eaux (turbidité etc.). Ces impacts sont à étudier au cas par
cas.
Dans le cas d'Inga 1, d'Inga 2 et des projets Inga 3 et Grand Inga, le régime du fleuve Congo n'est absolument
pas affecté, les barrages portent sur des bras dérivés du fleuve.
La priorité, à mon avis, est d'alimenter l'Afrique en électricité propre et très bon marché. L'accès à l'électricité, c'est la possibilité de s'éclairer, de conserver aliments et médicaments,
d'avoir accès à l'information, d'alimenter des centrales de desalement de l'eau de mer etc. C'est aussi la possibilité de développer des activités industrielles (aluminium, acier
etc.), activités indispensables pour pouvoir bénéficier d'un minimum de confort.